Home AffairesNe vous y trompez pas : tout a changé pour l’économie mondiale – The Irish Times

Ne vous y trompez pas : tout a changé pour l’économie mondiale – The Irish Times

by Amélie Bernard

Publié le 7 janvier 2026 à 15h01. Malgré une conjoncture internationale marquée par les tensions commerciales et les incertitudes politiques, la croissance mondiale a résisté en 2025, mais cette résilience pourrait être de courte durée, masquant des fragilités structurelles et des risques croissants, notamment dans le secteur de l’intelligence artificielle.

  • Les droits de douane, bien que moins élevés que prévu initialement, ont pesé sur l’inflation et le pouvoir d’achat des ménages américains.
  • L’optimisme autour de l’intelligence artificielle (IA) a stimulé la croissance américaine et certains secteurs, mais les valorisations boursières pourraient être déconnectées de la réalité économique.
  • La Chine doit revoir son modèle de croissance, trop dépendant des exportations, et l’Europe doit renforcer son marché unique et son attractivité pour les investissements.

L’année 2025 a été paradoxale : marquée par une escalade des tensions commerciales, notamment avec l’imposition de droits de douane par les États-Unis à leur plus haut niveau depuis près d’un siècle, et une incertitude politique accrue, elle a néanmoins vu la croissance mondiale atteindre 3,2 %, un chiffre conforme aux prévisions de l’année précédente. Cette apparente résilience ne doit toutefois pas masquer des failles profondes, selon l’économiste Gita Gopinath.

L’expérience du Brexit offre une leçon pertinente : les conséquences économiques négatives des chocs politiques se révèlent souvent lentement, mais finissent par s’accumuler. Dix ans après le référendum, le Royaume-Uni aurait perdu entre 6 et 8 % de son produit intérieur brut (PIB) par rapport à sa trajectoire pré-Brexit. « Les dommages structurels se révèlent lentement et toujours trop tard pour être réparés », souligne Gita Gopinath.

Les droits de douane américains, bien que partiellement atténués par des exemptions, atteignent 14 %, un niveau élevé qui a eu deux conséquences principales. D’une part, l’enthousiasme autour de l’intelligence artificielle et la hausse des marchés boursiers ont soutenu la croissance américaine et profité à des pays comme Taïwan et la Corée du Sud, exportateurs de composants liés à l’IA. D’autre part, les politiques budgétaires expansionnistes, notamment en Allemagne et en Chine, ont compensé en partie l’impact négatif des droits de douane.

Cependant, cette résilience est fragile. Les investisseurs commencent à s’interroger sur la pertinence des valorisations boursières des entreprises d’IA, souvent déconnectées de leurs revenus réels. Des entreprises comme Meta ont été sanctionnées pour avoir augmenté leurs dépenses en IA sans voir de retour sur investissement correspondant. Le modèle économique de ces entreprises sera bientôt mis à l’épreuve : les coûts d’infrastructure élevés nécessiteront une augmentation des abonnements, ce qui pourrait freiner leur croissance.

Les droits de douane ont également eu un coût significatif pour les consommateurs américains. Environ 95 % des coûts ont été absorbés par les entreprises, mais une partie a été répercutée sur les prix, contribuant à une hausse de 0,7 point de pourcentage de l’inflation. Sans ces droits de douane, l’inflation aurait pu atteindre l’objectif de 2 % fixé par la Réserve fédérale, épargnant ainsi 600 dollars au ménage américain moyen.

Les effets négatifs des droits de douane se feront plus sentir en 2026, à mesure que les avantages initiaux s’estomperont et que les entreprises seront contraintes de répercuter davantage de coûts sur les consommateurs. La Chine, quant à elle, doit diversifier son modèle de croissance et réduire sa dépendance aux exportations. Son nouveau plan quinquennal, axé sur le développement technologique, risque d’aggraver les inégalités sociales si les filets de sécurité sociale ne sont pas renforcés.

L’Europe a joué un rôle de modérateur en défendant un système mondial fondé sur des règles, mais elle doit poursuivre ses réformes internes pour renforcer son marché unique, améliorer sa productivité et attirer les investissements. Les États-Unis, en revanche, nuisent à leurs propres intérêts en s’éloignant de l’Union européenne, son principal partenaire économique. Les Européens explorent activement des alternatives à l’infrastructure financière américaine, remettant en question leur dépendance à des acteurs comme Visa et Mastercard.

En réalité, 2025 a été une année de changements profonds. La question est maintenant de savoir si 2026 sera l’année où un nouveau cap sera fixé. Les États-Unis, qui présideront le G20, et la France, qui assurera la présidence du G7, ont l’opportunité de mobiliser l’action internationale pour restaurer la stabilité d’un système mondial de plus en plus fragmenté. Faute d’action, le niveau de vie risque de baisser partout dans le monde, et les politiques protectionnistes qui bénéficient actuellement d’un certain soutien populaire pourraient perdre leur attrait. Mais d’ici là, il sera peut-être trop tard.

Gita Gopinath est professeure d’économie Gregory et Ania Coffey à l’Université Harvard et ancienne directrice générale adjointe et économiste en chef du FMI.

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