Home Santépansements, nutrition… Comment sont soignés les grands brûlés ?

pansements, nutrition… Comment sont soignés les grands brûlés ?

by Sophie Martin

L’incendie qui a ravagé un bar à Crans-Montana, en Suisse, lors du Nouvel An a laissé derrière lui un bilan tragique : 40 décès et plus de 120 blessés. Parmi eux, une cinquantaine de victimes souffrant de brûlures graves sont soignées dans des centres spécialisés, dont certaines ont été transférées à l’étranger.

Les soins prodigués aux grands brûlés sont longs et complexes, nécessitant une prise en charge multidisciplinaire et une surveillance constante. Dès leur arrivée, les patients sont souvent placés sous anesthésie pour permettre la pose de cathéters et le début des pansements, explique le professeur Nicolas Bruder, responsable du Centre des Brûlés Inter-Régional Méditerranée à Marseille.

« Le nettoyage en profondeur des plaies brûlées est une étape cruciale, qui peut durer de trois à six heures, voire plus, en fonction de la gravité des lésions », précise le Pr Bruder. Cette intervention se déroule généralement dans un bloc opératoire ou une unité de réanimation.

L’hypothermie représente un danger immédiat pour les grands brûlés, qui perdent leur capacité à réguler leur température corporelle. « Plus la surface brûlée est étendue, plus le système cardiovasculaire est mis à rude épreuve, entraînant une chute de la tension artérielle », souligne la professeure Marie-Reine Losser, présidente de la Société francophone de brûlologie. « Nous les enveloppons alors de couvertures chauffantes et les transportons dans des véhicules adaptés. »

La prise en charge ne se limite pas aux brûlures elles-mêmes. Les patients reçoivent d’importantes quantités de liquides – jusqu’à 10 litres au cours des premières 24 heures – pour compenser les pertes et prévenir les complications, comme l’œdème pulmonaire. En cas d’inhalation de fumée, un antidote est administré pour contrer les effets du cyanure, un gaz toxique libéré par la combustion.

« Avoir inhalé de la fumée, de la suie, peut causer des problèmes respiratoires et la brûlure peut entraîner des réactions inflammatoires très importantes », note le Pr Bruder.

L’équipe médicale, composée d’anesthésistes-réanimateurs, d’infirmiers, d’aides-soignants, de kinésithérapeutes et de chirurgiens plasticiens, lutte contre la douleur et surveille attentivement l’apparition d’infections. Les pansements, souvent complexes, sont effectués quotidiennement, puis tous les deux jours, toujours sous anesthésie.

« Les infirmières jouent un rôle essentiel dans ces soins, qui peuvent prendre facilement deux heures », insiste le Pr Bruder.

Au-delà des aspects physiques, le soutien psychologique est primordial. « Tous les grands brûlés présentent des séquelles psychologiques importantes, telles que le stress post-traumatique et les cauchemars », explique le Pr Bruder. « Certains développent une dépression, tandis que d’autres parviennent à surmonter leur traumatisme et à se rétablir pleinement. »

La cicatrisation est également influencée par l’état général du patient. Les personnes âgées, les fumeurs, les diabétiques et les personnes immunodéprimées ont une capacité de cicatrisation réduite. Une nutrition adéquate est essentielle pour favoriser la guérison.

Le rétablissement est un processus long, qui se poursuit souvent pendant plusieurs mois dans un centre de rééducation spécialisé. « Il faut compter au moins six mois avant que les patients ne puissent rentrer chez eux », estime le Pr Bruder. Les séquelles peuvent entraîner des limitations physiques et nécessiter une adaptation du travail.

« L’emplacement de la brûlure est déterminant », précise-t-il. « Les cicatrices sur le thorax et l’abdomen sont généralement moins problématiques sur le plan fonctionnel, mais les rétractions dans les plis cutanés, comme l’aisselle, le genou ou les mains, peuvent entraîner des séquelles durables. »

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