Publié le 22 novembre 2025 à 12h35. Une augmentation inquiétante des diagnostics de cancer chez les jeunes adultes, notamment les millennials, est observée à l’échelle mondiale, remettant en question les conceptions traditionnelles de cette maladie souvent associée au grand âge.
Les cabinets d’oncologie constatent un changement notable dans leur clientèle : de plus en plus de patients dans la trentaine ou la quarantaine sont confrontés à des cancers autrefois réservés aux plus de 60 ans. Cette tendance, confirmée par les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’American Cancer Society (ACS), soulève des questions cruciales sur les facteurs environnementaux et les modes de vie contemporains.
Entre 1990 et 2019, les cas de cancer chez les personnes de moins de 50 ans ont augmenté d’environ 79 % à l’échelle mondiale, tandis que la mortalité dans cette tranche d’âge a progressé de 28 %.
« Nous sommes confrontés à un changement significatif dans le profil épidémiologique du cancer. Cette maladie, historiquement associée au vieillissement, devient de plus en plus courante chez les jeunes adultes. Cela a d’importantes implications cliniques, sociales et émotionnelles. »
Carlos Gil Ferreira, oncologue, directeur médical d’Oncoclínicas&Co et président de l’Institut Oncoclínicas
Plusieurs facteurs semblent converger pour expliquer cette évolution. Une mauvaise alimentation, riche en aliments ultra-transformés, l’obésité, souvent présente dès l’enfance, un mode de vie sédentaire, une consommation excessive d’alcool, un manque chronique de sommeil, l’exposition aux polluants et aux agents chimiques, ainsi que des modifications du microbiote intestinal sont autant d’éléments pointés du doigt par la science.
Le cancer colorectal est un exemple frappant de cette tendance. Son incidence chez les jeunes augmente rapidement et est liée à l’alimentation, à l’obésité et à l’inflammation intestinale. Les cancers liés au virus du papillome humain (VPH) constituent également une préoccupation, mais peuvent être prévenus grâce à la vaccination, encore insuffisamment utilisée dans de nombreuses régions.
Les conséquences de ces diagnostics précoces sont multiples. Pour les femmes de moins de 40 ans, par exemple, le cancer du sein représente un défi particulier, impactant leur vie personnelle, leur projet de maternité et leur carrière professionnelle.
« Nous constatons une augmentation significative des diagnostics chez les femmes de moins de 40 ans. Ce sont des patientes dans leur phase productive, qui planifient souvent des enfants ou consolident leur carrière. L’impact émotionnel et familial est profond. »
Cristiano Resende, oncologue
Le traitement à un âge plus jeune pose des défis spécifiques, notamment la préservation de la fertilité, l’interruption de la vie professionnelle et la gestion financière. L’accès aux soins, en particulier via le système de santé publique, reste inégal, ce qui pénalise les jeunes atteints de tumeurs agressives.
Face à cette situation, les experts préconisent une révision des protocoles de dépistage, notamment pour le cancer colorectal, une généralisation de la vaccination contre le VPH, des politiques publiques de lutte contre l’obésité, la promotion d’habitudes saines dès l’enfance et une attention accrue aux symptômes gastro-intestinaux persistants chez les jeunes.
« Le cancer chez l’adulte jeune ne peut plus être considéré comme une exception. C’est une réalité qui prend de l’ampleur. Nous devons en parler et agir. »
Cristiano Resende, oncologue
Les experts soulignent également la nécessité de se demander si les diagnostics tardifs ne sont pas liés à une surveillance médicale insuffisante chez les jeunes adultes.
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