Publié le 23 novembre 2025 à 07h00. Une enquête britannique accable le gouvernement de Boris Johnson pour sa gestion chaotique et tardive de la pandémie de Covid-19, estimant que des milliers de vies auraient pu être sauvées avec des mesures plus rapides et une meilleure préparation.
- L’enquête estime que 23 000 décès en Angleterre auraient pu être évités lors de la première vague si un confinement avait été instauré une semaine plus tôt.
- Le rapport dénonce une culture « toxique et chaotique » au sein du gouvernement, ainsi que des erreurs de jugement de l’ancien Premier ministre Boris Johnson et de son conseiller principal, Dominic Cummings.
- Bien que critiquant la lenteur des décisions, l’enquête ne préconise pas de nouveaux confinements stricts, soulignant les conséquences néfastes de telles mesures sur les libertés individuelles et la société.
Le rapport, deuxième d’une série de dix attendus, est le fruit d’une enquête menée depuis le printemps 2022 par Heather Hallett et son équipe. Ce travail colossal, estimé à un coût pouvant atteindre 200 millions de livres sterling (environ 235 millions d’euros) pour les contribuables britanniques, dresse un portrait sévère de la réponse du Royaume-Uni à la pandémie.
Selon Heather Hallett, la conclusion est sans appel : « Trop peu, trop tard ». L’enquête révèle que le gouvernement de Westminster était mal préparé à une pandémie de cette ampleur, n’en avait pas saisi l’importance initiale et a été miné par des dysfonctionnements internes.
Dans une vidéo de 23 minutes, Mme Hallett explique que des décisions plus rapides auraient pu permettre d’éviter des confinements aussi sévères. Elle précise :
« L’enquête ne plaide pas en faveur d’un confinement national, loin de là. Une restriction de la liberté des personnes d’une manière aussi draconienne, avec toutes les conséquences dévastatrices, devrait être évitée autant que possible. »
Heather Hallett, présidente de l’enquête britannique Covid-19
Les critiques ne se limitent pas à l’Angleterre, mais s’étendent aux quatre gouvernements du Royaume-Uni, y compris celui d’Irlande du Nord. L’enquête suggère que le premier confinement en Angleterre en 2020 aurait pu être évité, ou du moins considérablement raccourci, si le gouvernement avait agi plus promptement.
L’attitude de Boris Johnson est particulièrement pointée du doigt. Le rapport mentionne ses « expressions d’optimisme excessif », citant notamment un incident où il a déclaré, alors qu’il était hospitalisé pour le Covid-19, avoir serré la main de patients, minimisant ainsi la gravité du virus. Cette attitude a, selon l’enquête, sapé les conseils de santé publique.
Dominic Cummings, ancien conseiller principal de Boris Johnson, est décrit comme une « influence déstabilisatrice » au sein du 10 Downing Street. Le rapport révèle qu’il a contribué à instaurer une « culture de la peur » et a « empoisonné l’atmosphère », prenant parfois les décisions à la place du Premier ministre. Des messages WhatsApp attribués à M. Cummings font état d’un langage « offensant, sexualisé et misogyne » adressé à Boris Johnson.
M. Cummings a rejeté les conclusions du rapport sur les réseaux sociaux, dénonçant un travail « un mélange d’inspecteur Clouseau, de dissimulations et de réécriture de l’histoire ».
L’enquête souligne également les effets sociétaux des confinements, reconnaissant leur nécessité compte tenu des conseils scientifiques reçus par le gouvernement. Cependant, elle critique le manque d’évaluation des impacts plus larges sur la société, l’économie et notamment sur l’éducation, en particulier les conséquences de la fermeture des écoles sur les enfants. Elle constate que, bien que les enfants n’aient pas été particulièrement vulnérables au virus lui-même, ils ont « beaucoup souffert de la fermeture des écoles et de l’obligation de rester à la maison ».
Enfin, le rapport met en évidence que les personnes vulnérables et défavorisées ont été les plus touchées par la pandémie et les restrictions imposées, et que suffisamment de mesures n’ont pas été prises pour les protéger.
« Ils ont été les plus touchés par les restrictions imposées pour contrôler le virus. Ils étaient les plus susceptibles de mourir. Pourtant, on n’a pas fait assez pour les protéger. »
Heather Hallett, présidente de l’enquête britannique Covid-19
L’enquête formule des recommandations pour améliorer la préparation à de futures pandémies, notamment une meilleure planification, une coopération plus étroite entre les gouvernements du Royaume-Uni, une communication plus efficace avec le public, des actions décisives et un contrôle parlementaire renforcé des mesures d’urgence. Elle insiste également sur la nécessité de prendre en compte l’impact sociétal et économique des décisions prises.
En Irlande, un « évaluation Covid-19 » a été lancée plus tôt cette année, dirigée par le professeur Anne Scott. Contrairement à l’enquête britannique, elle ne dispose pas de pouvoirs de convocation et se base sur une approche indépendante. Un rapport devrait être soumis au gouvernement irlandais d’ici fin 2026.


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