Publié le 18 janvier 2024 23:15:00. Un livre pour enfants récemment paru en Russie explore un chapitre méconnu de l’histoire : le destin des Japonais contraints de quitter l’île de Karafuto, aujourd’hui partie de l’île de Sakhaline, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, à travers une histoire touchante d’amitié interculturelle.
- L’ouvrage, intitulé « L’Éclat de Karafuto », relate le déplacement forcé de populations japonaises suite à l’invasion soviétique de l’île en août 1945.
- L’auteure, Elena Golovanova, s’est inspirée de témoignages et d’objets retrouvés sur l’île pour créer une histoire universelle sur la perte, la mémoire et le lien humain.
- L’éditeur, Polyandria, souligne la rigueur historique et la sensibilité narrative de ce livre qui aborde un sujet longtemps resté dans l’ombre.
L’histoire se déroule à Karafuto, la partie sud de l’île de Sakhaline que le Japon a administrée jusqu’à sa défaite en 1945. Le livre suit Ayako, une fillette japonaise de huit ans, forcée de quitter son foyer en 1946 suite à l’annexion soviétique. Dans l’urgence de l’exode, Ayako enterre sa tasse de thé préférée, décorée d’un lapin, dans l’espoir de pouvoir un jour y revenir. L’histoire fait ensuite un saut dans le temps jusqu’en 2025, où la petite-fille d’Ayako, Fumiko, se rend à Sakhaline et se lie d’amitié avec Marina, une jeune Russe. Marina offre alors à Fumiko un collier fait d’un fragment de céramique représentant un lapin, un écho poignant du passé.
L’idée de ce livre est née pour Elena Golovanova, qui vit en Italie mais écrit régulièrement pour des magazines russes, lors d’une visite à Tioumen en 2021. En découvrant un bol à thé japonais exposé dans un café, elle a appris que des vestiges de la présence japonaise à Sakhaline étaient régulièrement mis au jour. Des artistes locaux récupèrent ainsi des éclats de céramique pour en faire des œuvres d’art.
Cette découverte a résonné avec les récits de son amie Miki Homma, originaire de Sapporo au Japon. Homma lui a confié que son père avait fui Toyohara (aujourd’hui Yuzhno-Sakhalinsk) avec ses parents à l’âge de neuf ans lors de l’invasion soviétique, pour finalement s’installer à Hokkaido.
« Je pense que les nôtres sont probablement enterrés quelque part aussi »,
Miki Homma, originaire de Sapporo
Intriguée, Golovanova a entrepris des recherches approfondies sur l’histoire de Karafuto avant de développer son récit. Elle a puisé son inspiration dans des documents d’archives et des conférences spécialisées.
L’éditeur, Polyandria, basé à Saint-Pétersbourg, souligne que le livre aborde des thèmes universels tels que le déracinement et la transmission de la mémoire.
« L’ouvrage décrit des histoires personnelles dans un contexte historique plus large, et l’écriture a été soigneusement étudiée. »
Polyandria, éditeur
Golovanova explique que son propre vécu familial a également influencé ce projet. Sa grand-mère a été exilée de Russie en Asie centrale dans les années 1930, sous le régime de Joseph Staline.
« Malheureusement, les réfugiés restent un thème majeur dans le monde, tant passé que présent. Je voulais décrire ça. »
Elena Golovanova, auteure
« L’Éclat de Karafuto » offre ainsi une perspective sensible et originale sur un pan méconnu de l’histoire russo-japonaise, rappelant que les conséquences des conflits se font sentir sur plusieurs générations.
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