Publié le 2025-11-25 08:50:00. L’économie palestinienne est au bord de l’effondrement, selon un nouveau rapport de la CNUCED, qui met en évidence les conséquences dévastatrices des opérations militaires prolongées et des restrictions imposées sur le territoire occupé. La situation est particulièrement critique à Gaza, où le PIB a chuté de manière spectaculaire.
- L’économie du territoire palestinien occupé a connu sa plus forte contraction jamais enregistrée.
- Le PIB de Gaza s’est contracté de 83 % en 2024 par rapport à 2023.
- La reconstruction de Gaza nécessitera plus de 70 milliards de dollars.
Deux années de conflits militaires et de restrictions sévères ont plongé l’économie palestinienne dans une crise sans précédent, annulant des décennies de progrès socio-économiques. La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) alerte sur une fragilité budgétaire et sociale exacerbée, avec des conséquences graves sur les populations.
Le rapport de la CNUCED, intitulé Evolution de l’économie du territoire palestinien occupé, souligne que les dommages aux infrastructures, aux actifs productifs et aux services publics sont considérables. Cette crise économique, classée parmi les dix pires au monde depuis 1960, est d’une ampleur inédite à Gaza.
La situation financière du gouvernement palestinien est également compromise. La baisse des revenus et la retenue des transferts fiscaux par Israël limitent sa capacité à maintenir les services publics essentiels et à investir dans la reconstruction. L’escalade de la violence a transformé une situation de déclin prolongé en un effondrement quasi total, affectant tous les aspects de la vie : économique, social, humanitaire et environnemental. À Gaza, l’ensemble de la population est désormais confrontée à une pauvreté multidimensionnelle. En Cisjordanie, la plus grave récession économique jamais enregistrée est alimentée par l’insécurité, les restrictions de mouvement et la perte d’opportunités économiques.
Fin 2024, le produit intérieur brut (PIB) de la Palestine est revenu à son niveau de 2010, tandis que le PIB par habitant a chuté à celui de 2003, effaçant ainsi 22 années de progrès en moins de deux ans, selon les données de la CNUCED.
Effondrement économique à Gaza
Depuis près de deux décennies, 2,3 millions de Palestiniens à Gaza vivent sous de sévères restrictions affectant le commerce, les déplacements et l’accès aux ressources dans une zone de 365 km² parmi les plus densément peuplées au monde. L’entrée limitée des marchandises, combinée aux restrictions sur les intrants de production, les équipements et la technologie, ainsi que les opérations militaires récurrentes, ont démantelé la base productive de Gaza, la rendant presque entièrement dépendante de l’aide étrangère.
En 2024, le PIB de Gaza a subi une contraction de 83 % par rapport à 2023, après une forte baisse l’année précédente. Sur la période 2023-2024, la contraction cumulée du PIB s’élève à 87 %, le ramenant à 362 millions de dollars. Le PIB par habitant est tombé à 161 dollars, l’un des plus bas au monde, représentant seulement 4,6 % du PIB par habitant de la Cisjordanie, alors qu’il était presque équivalent en 1994.
La destruction généralisée des infrastructures, la perte de capacité de production et les déplacements de population ont infligé des dommages durables au capital humain. Les perturbations de l’éducation et des services de base auront des effets à long terme sur les moyens de subsistance et la résilience sociale.
Les dégâts considérables aux logements, aux services publics et aux infrastructures essentielles perturbent l’accès à la nourriture, à l’eau, aux soins de santé et aux services de base, créant une grave urgence humanitaire et économique. L’ampleur des dégâts rend la reprise économique et le rétablissement des conditions de vie de base extrêmement difficiles sans un soutien international massif.
Même avec une aide substantielle, le retour aux niveaux de PIB d’avant octobre 2023 pourrait prendre des décennies. Pour permettre une reprise significative – y compris l’accès aux soins de santé, à l’éducation, à l’eau potable et aux infrastructures essentielles – la communauté internationale doit garantir la pérennité du cessez-le-feu conclu en octobre 2025. L’acheminement de l’aide humanitaire est également urgent et ne peut attendre.
Grave contraction économique en Cisjordanie
L’expansion des colonies et les restrictions de mouvement continuent de fragmenter la Cisjordanie, perturbant l’économie, le commerce et les investissements, et réduisant l’accès à la terre, aux ressources et aux marchés. Ces restrictions affectent plus de 3,3 millions de personnes, augmentant les coûts de transport, allongeant les temps de trajet et entravant l’accès aux marchés, à l’emploi, à l’éducation et aux soins de santé.
Depuis fin 2023, les restrictions de circulation se sont intensifiées, réduisant encore davantage les échanges et la production. Le PIB s’est contracté de 17 % et le PIB par habitant de 18,8 %, revenant aux niveaux enregistrés en 2014 et 2008 respectivement.
Pressions budgétaires et tensions institutionnelles
La situation budgétaire s’est considérablement détériorée après octobre 2023, faisant de 2024 l’une des années les plus difficiles pour le gouvernement palestinien. La pénurie de revenus, la suspension des transferts fiscaux, la contraction de l’économie et la baisse du soutien étranger ont aggravé la crise. Ces pressions budgétaires persistent en 2025, mettant à l’épreuve la capacité du gouvernement à maintenir les services essentiels et la stabilité macroéconomique.
Entre janvier 2019 et avril 2025, l’accumulation des déductions fiscales et des revenus retenus s’élève à environ 1,76 milliard de dollars, soit 12,8 % du PIB de 2024 et 44 % du revenu net total.
Combiné à une base fiscale en diminution et à une baisse significative de l’aide des donateurs, ce déficit a sérieusement limité la capacité du gouvernement palestinien à honorer ses obligations salariales, à maintenir les fonctions publiques essentielles et à fournir les services de base. La CNUCED souligne la nécessité urgente d’un soutien financier international durable pour stabiliser les finances publiques, préserver la capacité institutionnelle et permettre les efforts de redressement et de reconstruction.
70 milliards de dollars nécessaires pour reconstruire Gaza
Le coût estimé de la reconstruction et du redressement de Gaza dépasse 70 milliards de dollars, ce qui souligne l’ampleur des investissements nécessaires pour reconstruire les infrastructures et restaurer les moyens de subsistance.
Le rapport de la CNUCED appelle à une intervention immédiate et substantielle de la communauté internationale pour arrêter la chute libre économique, résoudre la crise humanitaire et jeter les bases d’une paix et d’un développement durables. Il appelle également à l’adoption d’un plan de relance global pour le territoire palestinien occupé, avec une aide internationale coordonnée, le rétablissement des transferts fiscaux et des mesures visant à assouplir les restrictions au commerce, aux mouvements et aux investissements.
Le rôle de la CNUCED
Depuis près de quatre décennies, l’ONU Commerce et Développement apporte son soutien à la recherche politique, à la coopération technique et au renforcement des capacités. Les travaux de la CNUCED se concentrent sur la facilitation des échanges, le développement de la capacité de production et le développement institutionnel, en collaboration avec les institutions des secteurs public et privé et la société civile. La CNUCED promeut également un consensus international sur les besoins du peuple palestinien et de son économie.
