Home MondeL’attaque de Donald Trump contre les Nations Unies est en contradiction avec l’opinion publique américaine

L’attaque de Donald Trump contre les Nations Unies est en contradiction avec l’opinion publique américaine

by Clara Dubois

L’élection potentielle de Donald Trump pour un second mandat à la Maison Blanche pourrait marquer un tournant décisif dans la relation des États-Unis avec les Nations Unies. Après une première présidence marquée par le retrait de plusieurs organisations internationales, une nouvelle administration Trump semble déterminée à affaiblir davantage le rôle et le financement de l’ONU.

Dès son accession au pouvoir, Donald Trump a affiché une préférence marquée pour une politique étrangère axée sur les intérêts nationaux américains, résumée par le slogan «America First». Lors de sa campagne de 2016, il avait déjà proclamé que cette approche serait «le thème majeur et primordial de mon administration». Dans son discours inaugural de 2017, il a réaffirmé cette priorité : «À partir de ce jour, ce ne sera d’abord que l’Amérique.»

Cette orientation s’est traduite concrètement par un désengagement progressif des États-Unis vis-à-vis des institutions clés de l’ONU et du droit international. Durant sa première présidence, l’administration Trump a ainsi retiré les États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat, de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies et de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). Elle a également voté contre l’adoption du Pacte mondial sur les réfugiés, suspendu le financement du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) et de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés en Palestine (UNRWA), et imposé des sanctions à la Cour pénale internationale (CPI), chargée d’enquêter sur les génocides, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité.

Si nombre de ces décisions avaient été annulées sous la présidence de Joseph Biden, qui a cherché à rétablir le rôle des États-Unis dans les organisations internationales, la dynamique semble vouloir changer à nouveau. En janvier 2025, lors d’une audition devant le Comité sénatorial des relations étrangères, Elise Stefanik, représentante de l’État de New York, a attaqué l’ONU et promis de promouvoir l’agenda «America First» de Trump si elle était nommée ambassadrice américaine auprès de l’organisation. «Nos impôts ne devraient pas servir à soutenir des entités qui s’opposent aux intérêts américains», a-t-elle déclaré.

Le sénateur Jim Risch, président du comité, a également critiqué l’ONU, appelant à une réévaluation de chaque agence afin de déterminer si elle profite aux États-Unis. Il a ajouté que «les États-Unis devraient sérieusement examiner si leur participation à l’ONU est encore bénéfique pour le peuple américain».

Concrètement, l’administration Trump a repris ses efforts pour affaiblir l’ONU. Les États-Unis se sont retirés de l’OMS et du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, ont refusé de participer à l’UNRWA, ont annoncé leur intention de se retirer de l’UNESCO et ont imposé de nouvelles sanctions à la CPI. Au Conseil de sécurité des Nations Unies, les États-Unis ont utilisé leur droit de veto pour bloquer une résolution exigeant un cessez-le-feu permanent à Gaza et la libération de tous les otages, une mesure soutenue par les 14 autres membres du Conseil.

Parallèlement, l’administration Trump a cherché à réduire les ressources financières de l’ONU. En juillet 2025, une loi adoptée par le Congrès, contrôlé par les républicains, a supprimé environ 1 milliard de dollars (environ 920 millions d’euros) de financement alloué à l’organisation. Cette mesure menace de graves conséquences pour des programmes essentiels tels que l’UNICEF, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), l’Office des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) et le Fonds des Nations unies pour les victimes de la torture.

Le projet de budget pour 2026 prévoit même la suppression des contributions américaines aux opérations de maintien de la paix de l’ONU et une réduction drastique des autres contributions. Bien que le financement américain de l’ONU représente une part relativement faible du budget total (environ 820 millions de dollars par an pour le budget régulier), les États-Unis accumulent une dette de 1,5 milliard de dollars (la plus élevée de toutes les nations) envers le budget régulier et de 1,3 milliard de dollars envers le budget de maintien de la paix.

Curieusement, cette hostilité de l’administration Trump envers l’ONU contraste avec l’opinion publique américaine. Un sondage du Pew Research Center réalisé fin mars 2025 a révélé que 63 % des Américains estiment que leur pays bénéficie de son appartenance à l’ONU, en hausse de 3 points par rapport au printemps précédent. 57 % des Américains interrogés ont également exprimé une opinion favorable de l’ONU, en augmentation de 5 points depuis 2024.

Une enquête d’opinion publique de l’Université du Maryland, menée en juin 2025, a montré que 84 % des Américains souhaitent que leur gouvernement continue de travailler avec l’ONU, voire renforce sa coopération. Ce soutien est particulièrement fort pour des agences telles que l’UNICEF (83 %), les opérations de maintien de la paix de l’ONU (81 %), le Programme alimentaire mondial (81 %), l’OMS (79 %) et le PNUE (73 %).

Même la CPI, une institution internationale indépendante à laquelle les États-Unis n’ont jamais adhéré et que Trump a vivement critiquée, bénéficie de l’approbation de 62 % des Américains interrogés.

Si l’approche «America First» de Trump peut séduire ses partisans les plus fidèles, la majorité des Américains semblent reconnaître que la complexité du monde moderne exige une coopération internationale.

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