Publié le 28 septembre 2025 à 08h11. Les hôpitaux français sont confrontés à une recrudescence inquiétante d’infections causées par des bactéries résistantes aux antibiotiques de dernière génération, les entérobactéries productrices de carbapénémases (CRE). Une étude récente révèle une augmentation de plus de 460 % des cas entre 2019 et 2023, mettant en péril la capacité à traiter certaines infections graves.
- Le nombre d’infections à CRE a explosé ces dernières années, avec une hausse de plus de 460 % entre 2019 et 2023.
- Les entérobactéries NDM-CRE, particulièrement résistantes, représentent une menace croissante en raison de leur capacité à contourner de nombreux antibiotiques.
- Un diagnostic rapide et précis est crucial pour adapter les traitements et limiter la propagation de ces infections nosocomiales.
Les établissements de santé sont de nouveau sous pression face à la propagation de germes multirésistants. Une nouvelle étude, dont les résultats ont été validés par des pairs, met en lumière une augmentation alarmante des infections dues aux entérobactéries résistantes au carbapéném (CRE). Ces bactéries, capables de neutraliser certains des antibiotiques les plus puissants, représentent un défi majeur pour la santé publique.
En 2020, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) aux États-Unis estimaient déjà à environ 12 700 le nombre d’infections à CRE et à 1 100 le nombre de décès associés. Ce chiffre, déjà préoccupant, semble aujourd’hui largement dépassé, comme le confirment les données récentes.
L’analyse la plus récente a été menée par Danielle Rankin et son équipe de la Division de la promotion de la qualité des soins de santé. Ce groupe de recherche suit l’évolution des germes résistants grâce à un réseau de laboratoires de surveillance et de santé publique.
Parmi les CRE, les entérobactéries NDM-CRE (New Delhi Metallo-beta-lactamase) suscitent une inquiétude particulière. Le NDM est une enzyme qui désactive de nombreux antibiotiques de la famille des bêta-lactames. Si d’autres enzymes, comme les carbapénémases KPC, sont également observées, le NDM se distingue par sa résistance accrue. De nombreux antibiotiques efficaces contre les enzymes KPC sont inefficaces contre les producteurs de NDM.
La propagation de ces gènes de résistance est facilitée par leur présence sur des plasmides, de petites molécules d’ADN capables de se transférer entre différentes bactéries. Ce mécanisme permet aux gènes de résistance de se propager rapidement entre les espèces bactériennes et au sein des hôpitaux.
Ces infections ne sont pas simplement une source de désagrément pour les patients. Une récente revue de la littérature scientifique estime que le taux de mortalité associé aux infections à CRE varie entre 26 % et 44 % selon les études cliniques.
« Cette forte augmentation du NDM-CRE signifie que nous sommes confrontés à une menace croissante qui limite notre capacité à traiter certaines des infections bactériennes les plus graves. »
Danielle Rankin, Division de la promotion de la qualité des soins de santé
La sélection du traitement approprié est devenue plus complexe que jamais. Il est donc essentiel que les professionnels de santé aient accès à des tests de diagnostic rapides et précis pour identifier les thérapies ciblées les plus efficaces.
Les infections à NDM-CRE peuvent se manifester sous différentes formes, notamment par des pneumonies, des infections sanguines, des infections urinaires et des infections de plaies. Les patients les plus vulnérables sont ceux admis en soins intensifs, ceux ayant subi une transplantation et ceux dont le séjour hospitalier est prolongé.
De nombreux laboratoires cliniques ne disposent pas encore des outils nécessaires pour identifier précisément la carbapénémase responsable d’une résistance aux antibiotiques. Ce manque de précision retarde la mise en place d’un traitement adapté et favorise la propagation de l’infection au sein des hôpitaux.
Lorsqu’une culture révèle la présence d’entérobactéries résistantes, l’étape suivante consiste à déterminer le mécanisme de résistance. Si un laboratoire hospitalier ne peut pas effectuer ces tests, le réseau de laboratoires AR du CDC peut intervenir en réalisant des analyses via des laboratoires de santé publique. Ces laboratoires utilisent des tests phénotypiques pour évaluer l’activité de la carbapénémase et des tests moléculaires pour confirmer la présence du gène de résistance.
Un diagnostic rapide est essentiel pour permettre aux équipes de contrôle des infections de prendre des mesures immédiates, telles que l’isolement des patients porteurs de ces bactéries. La confirmation de l’enzyme est importante car le traitement dépend du mécanisme de résistance identifié. Elle permet également aux hôpitaux de repérer les foyers d’infection et d’alerter les établissements partenaires lors du transfert de patients.
Un diagnostic tardif peut permettre à une seule bactérie porteuse de se propager silencieusement d’un service à l’autre. Un test effectué au bon moment peut modifier le pronostic d’un patient et l’évolution de l’infection au sein d’un service.
Les producteurs de NDM sont résistants à presque tous les bêta-lactames, y compris de nombreux médicaments plus récents qui sont efficaces contre les producteurs de KPC. Les recommandations actuelles préconisent l’utilisation de céfidérocol ou une association d’aztréonam avec du ceftazidime-avibactam pour traiter les infections à métallo-bêta-lactamases.
Ces traitements doivent être administrés par voie intraveineuse et nécessitent un dosage précis et une surveillance étroite. Ils ne sont pas adaptés à toutes les infections ou à tous les patients.
Une thérapie combinée à base d’aztréonam et de ceftazidime-avibactam doit être mise en œuvre de manière coordonnée, afin de protéger l’aztréonam contre d’autres enzymes tout en neutralisant la métallo-bêta-lactamase.
Les cliniciens doivent faire appel à des spécialistes en maladies infectieuses dès que la présence de ces organismes est suspectée. La thérapie empirique doit être réévaluée rapidement une fois le mécanisme de résistance confirmé.
Les mesures de base de contrôle des infections restent efficaces lorsqu’elles sont appliquées de manière rigoureuse. Les recommandations du CDC préconisent le respect de précautions de contact en milieu hospitalier et de précautions renforcées en matière d’hygiène dans les établissements de soins de longue durée pour les patients touchés. L’hygiène des mains, l’utilisation d’équipements dédiés et le nettoyage de l’environnement sont des éléments essentiels.
Les transferts de patients entre établissements doivent inclure des informations claires sur leurs antécédents en matière d’infections à CRE. Les patients et leurs familles peuvent également jouer un rôle en demandant si des tests ont identifié le mécanisme de résistance et en rappelant aux équipes soignantes la nécessité de porter des gants et des blouses lors de tout contact avec des plaies ou des dispositifs médicaux.
Une utilisation prudente des antibiotiques est également cruciale, car une exposition inutile peut favoriser la sélection de souches résistantes. Les programmes de gestion des antibiotiques et la capacité des laboratoires à réaliser des tests de diagnostic vont de pair pour réduire les risques.
Les hôpitaux devront renforcer le dépistage des infections et accélérer les tests de confirmation. Les chercheurs étudient également la possibilité que le NDM se propage au-delà du milieu hospitalier, dans la communauté, à mesure que les tests de dépistage s’améliorent.
Les laboratoires de santé publique peuvent apporter un soutien accru aux établissements qui manquent de capacités de diagnostic. Les données régionales permettront également de cibler les ressources et de coordonner les réponses entre les réseaux de soins.
Les systèmes de santé devront élaborer des plans d’urgence pour faire face aux pénuries de médicaments essentiels. Ils suivront également les résultats des nouveaux traitements et l’évolution de la résistance aux antibiotiques.
L’objectif est simple : réduire le nombre d’infections, raccourcir la durée des séjours hospitaliers et sauver des vies. Pour atteindre cet objectif, il est essentiel de disposer de diagnostics précis, de thérapies adaptées et d’un contrôle rigoureux des infections.
L’étude est publiée dans la revue Annales de médecine interne.
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