Publié le 28 décembre 2025 à 07h00. Face à l’omniprésence du numérique, de plus en plus de Français renouent avec les plaisirs de l’organisation sur papier, un phénomène qui dynamise les ventes d’agendas, de planificateurs et de calendriers à l’approche de la nouvelle année.
- La publiciste Gabriela Brito a abandonné les outils numériques au profit d’un agenda physique pour retrouver créativité et concentration.
- Les ventes d’agendas et de planificateurs connaissent un pic en fin d’année, notamment chez Shop Figlia où le dernier lancement a presque égalé le volume de ventes de l’année précédente en seulement 12 minutes.
- Ce retour au papier s’accompagne d’une recherche d’équilibre et de bien-être, les consommateurs privilégiant des outils qui favorisent la planification sans stress et l’auto-soin.
Gabriela Brito, 27 ans, publicitaire, a pris une décision radicale : se déconnecter. Après trois ans d’utilisation intensive de plateformes comme Notion et Trello, elle a opté pour un agenda physique. « J’ai l’impression que cela limite ma créativité, d’une certaine manière, et je perds l’habitude d’écrire », explique-t-elle. L’écriture manuscrite est devenue pour elle un moyen de retrouver des processus créatifs et organisationnels qu’elle jugeaient bridés dans l’environnement numérique.
Cette tendance se confirme dans les chiffres des ventes. À l’approche de la nouvelle année, la demande de planificateurs physiques, d’agendas et de calendriers explose. Chez Shop Figlia, fondée par Marina Mie Murakoshi, 23 ans, l’agenda est le produit phare de la marque et connaît un pic de ventes en fin d’année, l’entreprise ne proposant que des versions datées. Lors de son dernier lancement, les ventes enregistrées au cours des 12 premières minutes ont presque égalé la moitié du volume réalisé sur l’ensemble de l’année précédente. Au bout d’une heure, le total avait déjà dépassé les résultats du lancement de l’année passée.
Pour Marina Murakoshi, l’agenda est recherché non seulement comme un outil d’organisation, mais aussi comme un espace de pause dans une routine effrénée. Des pauses régulières sont essentielles pour maintenir un bon équilibre. La marque a constaté un intérêt croissant pour une planification souple, axée sur le bien-être et l’épanouissement personnel.
« Les gens recherchent de plus en plus de praticité, avec des outils qui leur permettront de trouver de la clarté sur eux-mêmes, qui s’adapteront à leur routine et équilibreront la planification sans aucune productivité toxique. »
Marina Murakoshi, fondatrice de Shop Figlia
La papeterie Organizando a Vida confirme cette tendance. Décembre et janvier représentent la haute saison pour l’entreprise, avec une augmentation des revenus de 30 à 60 % grâce aux plannings annuels et aux agendas datés. L’afflux de demandes commence dès la mi-octobre et se maintient jusqu’au début de l’année suivante, selon Deise Santos, 28 ans, fondatrice de la papeterie.
Paperview, spécialisée dans les planificateurs physiques, constate également une augmentation constante de la demande. Pour Angela Bufarah, 55 ans, fondatrice de l’entreprise, l’agenda physique occupe désormais une place distincte des outils numériques. L’auto-soin est devenu une priorité pour de nombreux consommateurs.
« Les nouvelles technologies ne rivalisent pas avec l’agenda physique, elles vont de pair. Les applications et les calendriers numériques sont parfaits pour les alertes et les rendez-vous, mais l’agenda papier est un espace de pause, d’écriture manuscrite, de réflexion. »
Angela Bufarah, fondatrice de Paperview
L’utilisation du planificateur est également associée à une meilleure organisation des priorités et des habitudes. Lívia Lilla Delduque, 24 ans, ergothérapeute, témoigne : « Je suis capable d’étendre mes activités de soins personnels et de maintenir des habitudes plus saines. » Caroline de Jesus Rodrigues, 24 ans, ingénieure civile, a fait le choix du papier il y a trois ans : « C’est satisfaisant de noter tous vos objectifs, puis de cocher ce que vous avez fait. » Camille Ghedin Haliski, 46 ans, fonctionnaire fédérale, utilise les outils numériques au travail, mais conserve un agenda physique pour ses engagements personnels : « Pour les choses qui sont vraiment importantes pour moi, j’utilise le planificateur physique. » Mayara Gisele Simões Araújo, 22 ans, étudiante en droit et professeure d’anglais, prévoit de continuer à utiliser Google Calendar pour ses engagements quotidiens, mais souhaite utiliser un planificateur pour avoir une vision d’ensemble de ses objectifs et de ses priorités.
Les prix des agendas varient de 96 R$ à 329 R$ (environ 6 à 18 euros) selon la taille, le nombre de divisions internes, le niveau de personnalisation et les matériaux utilisés. L’intérêt pour les produits physiques s’étend également aux librairies. Alexandre Martins Fontes, président de l’ANL (Association nationale des librairies) et responsable de la chaîne Martins Fontes, souligne une forte croissance des ventes d’agendas, de calendriers et de planificateurs en cette fin d’année : « En octobre, nous vendons trois fois plus qu’en moyenne de janvier à septembre. En novembre, cinq fois plus. En décembre, dix fois plus. »
Pour lui, ces chiffres témoignent de la pertinence continue de l’agenda physique malgré la popularité des outils numériques. La librairie Martins Fontes a commencé à investir dans du matériel de papeterie il y a cinq ans, transformant son espace en un lieu de rencontre et de convivialité. L’entreprise envisage également d’élargir son offre à d’autres articles analogiques, comme les vinyles, l’année prochaine.
