Publié le 13 janvier 2024 à 16h30. Plusieurs nations européennes réduisent progressivement leur dépendance au dollar américain, une tendance accentuée par les incertitudes géopolitiques et les tensions autour de la politique monétaire américaine.
- Plusieurs pays européens restreignent l’utilisation du dollar dans leurs transactions commerciales et financières.
- Cette dédollarisation est motivée par la volonté de renforcer l’autonomie économique et de réduire les risques liés aux sanctions internationales.
- La situation est exacerbée par les doutes concernant l’indépendance de la Réserve fédérale américaine, ce qui a profité à l’euro.
L’attrait du dollar américain s’érode en Europe, où un nombre croissant de pays cherchent à limiter l’influence de la monnaie américaine sur leurs économies. Cette démarche s’inscrit dans un mouvement plus large de dédollarisation, visant à redéfinir l’équilibre économique mondial et à renforcer les monnaies locales.
Cette décision répond à une nécessité de réduire la dépendance à l’égard de la monnaie nord-américaine et, par conséquent, de consolider les économies locales. Dans un contexte international marqué par l’incertitude et la volatilité des marchés, les gouvernements européens aspirent à une plus grande autonomie et cherchent à atténuer l’impact potentiel de futures sanctions.
Bien que la dédollarisation ne soit pas un phénomène nouveau, elle a pris de l’ampleur ces dernières années, notamment suite aux sanctions économiques imposées à la Russie en 2022. Cette reconfiguration du commerce international a favorisé l’utilisation d’autres monnaies, telles que l’euro, le yuan chinois et les monnaies nationales, qui sont aujourd’hui privilégiées dans certains échanges.
L’euro a bénéficié de cette dynamique ce lundi 13 janvier, porté par les inquiétudes suscitées par les déclarations du président américain Donald Trump à l’encontre de la Réserve fédérale (Fed). Ces menaces ont affaibli le dollar, alimentées par la crainte d’une perte d’indépendance de la banque centrale américaine. Vers 16h00 GMT, la monnaie unique européenne s’échangeait à 1,1680 $ contre 1,1640 $ la veille, bien qu’elle soit restée sous le seuil de 1,17 $. La Banque centrale européenne (BCE) a fixé le taux de change de référence de l’euro à 1,1692 $ dans une journée caractérisée par une forte volatilité.
Les tensions se sont intensifiées après la révélation que Jérôme Powell, le président de la Fed, fait l’objet d’une enquête fédérale liée à son témoignage devant le Congrès en juin dernier concernant la coûteuse rénovation du siège de la banque centrale. Cette situation s’ajoute aux menaces de poursuites pénales proférées par Trump en raison du refus de la Fed de baisser les taux d’intérêt.
Ce scénario a exercé une pression supplémentaire sur le dollar et a favorisé l’euro, qui a évolué dans une fourchette de fluctuation comprise entre 1,1622 $ et 1,1697 $. Cette dynamique a été renforcée par une amélioration significative de la confiance des investisseurs dans la zone euro en janvier, selon les données du cabinet de conseil Sentix.
Pourquoi certains pays d’Europe restreignent-ils l’utilisation du dollar ?
La décision de réduire la dépendance au dollar repose sur plusieurs facteurs :
- Autonomie financière : Les gouvernements européens cherchent à renforcer leurs économies sans être soumis aux fluctuations du dollar.
- Risques géopolitiques : La volatilité des marchés internationaux et les sanctions économiques ont conduit à une remise en question de l’utilisation de la monnaie américaine.
- Nouvelles alliances commerciales : L’influence croissante de la Chine et sa promotion du yuan ont généré un changement dans les transactions internationales.
Pays européens qui ont restreint le dollar
Plusieurs pays d’Europe ont mis en place des restrictions sur l’utilisation du dollar, à des degrés divers :
- Russie : Après l’invasion de l’Ukraine en 2022 et suite à un blocus imposé par les États-Unis, elle encourage les accords commerciaux en monnaies locales.
- Biélorussie : restreint l’accès au dollar et encourage l’utilisation du rouble.
- Hongrie : limite la dépendance au dollar dans les opérations financières clés.
- Serbie : stimule les échanges en euros et en roubles.
- Turquie : a restreint le dollar dans les transactions étatiques et commerciales.
Ce processus pourrait s’étendre à d’autres pays européens désireux de diversifier leur économie et de réduire l’influence financière des États-Unis.
Quels autres pays ont restreint le dollar ?
Au-delà de l’Europe, d’autres nations ont mis en place des restrictions significatives sur l’utilisation du dollar :
- Chine : favorise les accords en yuans et limite l’utilisation de certains paiements en dollars.
- Iran : En raison des sanctions, le dollar est interdit dans les transactions commerciales.
- Cuba : établit des réglementations strictes contre l’utilisation du dollar.
- Corée du Nord : interdit la circulation du dollar dans son système financier.
Conséquences de la dédollarisation en Europe
La réduction du recours au dollar a des effets directs sur l’économie mondiale :
- Renforcement des monnaies locales : Une moindre dépendance à l’égard du dollar réduit la volatilité des taux de change.
- Perte de l’influence financière américaine : La baisse de la demande du dollar affaiblit son statut de monnaie de réserve.
- Commerce accru avec la Chine et d’autres marchés émergents : le yuan gagne du terrain dans les accords internationaux.
La dédollarisation s’inscrit dans un contexte de transition vers un nouvel ordre économique multipolaire. À mesure que de plus en plus de pays adoptent des stratégies pour réduire leur exposition au dollar, son rôle de monnaie dominante continuera à faire l’objet de débats.
